LIFESTYLE

Les 10 pires conseils d’éducation canine

20 mai 2024

« Tu dois t’imposer comme chef de meute si tu veux que ton chien t’obéisse ! »

J’avais souvent droit à ce genre de réflexion lorsque j’essayais de me confier sur les difficultés que je rencontrais avec l’éducation de Peanut, ma petite shiba-inu, lorsqu’elle n’était encore qu’un jeune chiot. Il faut la soumettre, il faut l’ignorer, il faut la punir, il faut la réprimander, il faut l’isoler. On m’a conseillé beaucoup de choses à l’époque. Vraiment beaucoup de choses. Mais tous les conseils ne sont pas toujours bons à prendre. Bien au contraire ! C’est d’ailleurs la raison pour laquelle j’ai décidé de prendre un peu de temps pour revenir sur les dix pires conseils d’éducation canine que j’ai pu lire et entendre ces dernières années (et, tant qu’à faire, essayer d’expliquer pourquoi il vaut mieux les ignorer)

 

« Il faut soumettre son chien pour qu’il comprenne qui est le chef de meute ! »

Ce qui se cache derrière ce conseil, c’est le mythe de la hiérarchie chez le chien.

Même si cela fait des années que les études scientifiques réfutent toutes les théories sur lesquelles ce mythe repose, certaines personnes restent convaincues qu’il faut s’imposer comme chef de meute pour faire obéir son chien (pour expliquer tout cela en quelques mots : les chiens, qui seraient des descendants directs des loups, chercheraient à reproduire avec leur famille d’humains le schéma de vie de leurs ancêtres en vivant en meute et, surtout, en cherchant sans cesse à devenir le dominant de cette meute afin d’obtenir l’accès à toutes les ressources). C’est d’ailleurs sur ce mythe que sont basées l’éducation traditionnelle et les méthodes coercitives ! Mais, en réalité, ce n’est pas parce que l’on choisit de traiter son chien comme un coéquipier plutôt que comme un subordonné qu’il cherchera à nous désobéir (ou, pire encore, à nous dominer). Autrement dit, les chiens ne cherchent pas à dominer les humains et les humains n’ont aucune (bonne) raison de chercher à dominer les chiens. Une fois de plus, la hiérarchie chez le chien n’est rien de plus qu’un mythe (qui, comme je le disais, repose sur des théories qui ont été scientifiquement réfutées : premièrement, les chiens ne sont pas les descendants des loups — en réalité, on considère plutôt que ce sont des cousins puisqu’ils ont un ancêtre commun —, deuxièmement, contrairement aux loups qui vivent en meute familiale sous la protection des parents — ce qui n’est, à nouveau, pas conforme à la théorie sur laquelle repose le mythe de la hiérarchie chez le chien —, les chiens sauvages préfèrent vivre seuls ou avec un ou deux congénères et, troisièmement, les chiens sont parfaitement capables de faire la différence entre leur espèce et la nôtre — ce qui signifie qu’il n’y a donc aucune raison qu’ils considèrent leurs familles d’humains comme une meute de chiens —).

« Il ne faut pas utiliser de récompenses alimentaires pour éduquer son chien ! »

C’est un autre mythe qui se cache derrière ce conseil !

Certaines personnes sont convaincues que si on utilise des récompenses alimentaires pour éduquer un chien, il n’obéira qu’en présence de friandises (ou, pire encore, il obéira à la friandise plutôt qu’à son humain). Mais ce n’est pas parce qu’on utilise des friandises pour récompenser son chien aujourd’hui qu’à l’avenir il choisira d’obéir uniquement lorsque l’on a de la nourriture à lui offrir en retour. L’utilisation de récompenses permet de renforcer positivement des comportements proposés par le chien et d’augmenter la probabilité de leurs apparitions. Ça ne lui apprend ni à obéir dans certaines circonstances, ni à obéir à la récompense elle-même. C’est vrai pour les caresses, les mots doux et les séances de jeux, mais aussi pour les friandises ! Ce qui signifie qu’il n’y a aucune raison de se priver d’utiliser des récompenses alimentaires pour l’éducation de son chien (d’autant que plusieurs études scientifiques ont démontré qu’elles étaient plus appréciées par nos compagnons à quatre pattes que les autres et qu’elles permettaient d’obtenir de meilleurs résultats).

« Il faut punir son chien pour qu’il comprenne qu’un comportement n’est pas correct ! »

C’est surtout la punition positive qui est mise en avant avec ce conseil, mais ce n’est pas la seule punition qu’il existe en éducation canine (et, surtout, c’est loin d’être la seule solution pour faire cesser un comportement indésirable) !

Quelle que soit la punition utilisée, le but est toujours le même. Faire diminuer la probabilité d’apparition d’un comportement proposé par le chien. Ce qui change, c’est la punition elle-même. On considère qu’il existe deux grandes catégories de punitions en éducation canine. La première, c’est la punition positive. Une méthode coercitive utilisée en éducation traditionnelle qui consiste à répondre à un comportement proposé par le chien en ajoutant quelque chose de désagréable à son environnement (comme des cris, des menaces, des pincements, des coups sur la laisse, des contraintes physiques, des gestes violents, etc.). Et la deuxième, c’est la punition négative. Une méthode utilisée en éducation positive qui consiste à répondre à un comportement proposé par le chien en retirant quelque chose d’agréable de son environnement (comme éloigner des friandises, arrêter une séance de jeu, stopper une interaction ou se détourner du chien, par exemple). Mais la punition positive et la punition négative ne sont pas les seules solutions pour modifier (ou supprimer) un comportement. Et, surtout, ce ne sont pas toujours les solutions les plus efficaces ! En effet, la gestion de l’environnement (qui consiste à supprimer — lorsque c’est possible — la situation dans laquelle le chien produit le comportement indésirable) et la proposition de comportements alternatifs (qui, comme son nom l’indique, consiste à proposer un comportement alternatif à celui produit par le chien à l’origine) permettent souvent d’obtenir de bien meilleurs résultats.

« Il faut ignorer son chien lorsqu’il demande de l’attention ! »

C’est à nouveau le mythe de la hiérarchie chez le chien qui se cache derrière ce conseil.

Certaines personnes sont convaincues que si on n’ignore pas son chien lorsqu’il demande de l’attention, il se considèrera comme le chef de meute. Mais ce n’est pas parce que l’on répond aux demandes de notre chien qu’il essayera de nous dominer. Si un chien sollicite son humain, c’est parce qu’il cherche à répondre à un besoin. Ce n’est pas pour affirmer sa position de chef de meute ! Autrement dit, choisir d’ignorer son chien c’est potentiellement choisir de ne pas répondre à l’un de ces besoins (évidemment, il y a une grosse différence entre ne pas répondre à une sollicitation de temps en temps parce que l’on est occupé à autre chose et ignorer systématiquement son chien lorsqu’il demande de l’attention).

« Il ne faut pas autoriser son chien à monter sur les lits, les fauteuils et les canapés de la maison ! »

C’est encore le mythe de la hiérarchie chez le chien qui se cache derrière ce conseil.

Certaines personnes sont également convaincues que si on autorise notre chien à dormir sur les lits, les fauteuils et les canapés de la maison, il se considèrera comme le chef de meute. Mais ce n’est pas parce qu’on autorise l’accès à certains mobiliers de la maison à notre chien qu’il essayera de nous dominer. Si nos chiens apprécient de se reposer dans nos lits, nos fauteuils et nos canapés c’est simplement parce qu’ils sont doux, confortables et remplis de nos odeurs. Ce n’est pas parce que cela confirme leur position de chef de meute !

« Il ne faut pas laisser son chien franchir les portes en premier ! »

C’est, une fois de plus, le mythe de la hiérarchie chez le chien qui se cache derrière ce conseil.

Certaines personnes sont convaincues que si on laisse notre chien franchir les portes en premier, il se considèrera comme le chef de meute. Mais ce n’est pas parce qu’on autorise son chien à passer la porte d’entrée quelques secondes avant nous qu’il essayera de nous dominer. Si un chien essaye de sortir de la maison avant son humain, c’est simplement parce qu’il est excité à l’idée d’aller se promener. Ce n’est pas pour affirmer sa position de chef de meute ! Cela dit, je pense qu’apprendre à son chien à ne pas systématiquement se ruer dehors lorsqu’une porte s’ouvre est une excellente idée. Tant pour sa sécurité que pour celle des autres !

« Si un chien ne revient pas au rappel, il faut se cacher pour qu’il ait peur de perdre son maître la fois suivante ! »

C’est le genre de conseils qui aggravent les problèmes plus qu’ils ne les résolvent !

Ce que cette méthode va apprendre au chien, c’est surtout que son humain risque de disparaître s’il s’éloigne de lui lors de sa promenade. Ce qui peut soit le rendre tellement anxieux qu’il décide de ne plus jamais s’éloigner (et, par conséquent, de ne plus jamais jouer, pister ou trottiner lors de ses balades), soit renforcer son besoin d’indépendance (ce qui, au contraire, le poussera à s’éloigner toujours plus pour pouvoir profiter de sa balade comme il le souhaite). Autrement dit, ce n’est pas en se cachant lorsque son chien ne revient pas au rappel qu’on lui apprend correctement à revenir auprès de son humain. Si un chien ne revient pas au rappel, c’est probablement parce qu’il estime que ce qu’il est occupé à faire (comme saluer un congénère, renifler une odeur, suivre une proie, fouiller dans une poubelle ou se rouler dans des excréments, par exemple) est plus intéressant que l’humain qui crie son nom au loin. Et ce n’est certainement pas en se cachant que l’on devient plus intéressant que tout ça (heureusement, il existe des tas de manières de se faire remarquer par son chien — comme faire des petits bruits aigus, se mettre en position de jeu ou avoir des friandises dans la poche, par exemple —)  !

« Si un chien tire en laisse, il faut lui mettre un collier de dressage ! »

Je ne pouvais pas rédiger un article sur les pires conseils d’éducation canine sans parler au moins une fois d’outils coercitifs !

Collier étrangleur, collier torquatus, collier anti-traction, collier lasso, collier électrique. Quel que soient leurs noms et leurs spécificités, tous ces colliers de dressages fonctionnent de la même manière. Ils contraignent physiquement le chien lorsqu’il émet un comportement indésirable dans le but de diminuer la probabilité d’apparition de ce comportement. Le problème de ces colliers de dressage, c’est qu’ils provoquent des blessures au niveau du larynx, de l’œsophage, de la trachée et des vertèbres cervicales (d’ailleurs, c’est également le cas des colliers plats lorsque l’on donne des coups de sonnette sur la laisse pour faire comprendre au chien qu’il doit immédiatement cesser un comportement). Certaines personnes sont encore convaincues du contraire, mais l’utilisation d’outils coercitifs a été très largement étudié au cours de ces dernières années et toutes les études arrivent au même résultat. Les colliers de dressages causent des dégâts physiques et psychologiques ! Si un chien tire en laisse, c’est parce qu’il cherche à répondre un besoin (comme rencontrer un congénère, renifler une odeur, suivre une proie, récupérer de la nourriture par terre, évacuer son trop-plein d’énergie ou échapper à un danger, par exemple). Ce n’est pas pour affirmer sa position de chef de meute ! Autrement dit, choisir d’utiliser un collier de dressage parce que son chien tire en laisse, c’est choisir de contraindre (et de blesser) physiquement son chien alors qu’il cherche simplement à répondre à un besoin. Sans compter que, comme la punition n’est pas la solution la plus efficace pour mettre fin à un comportement, ce genre de méthode ne fonctionne jamais sur le long terme (en plus, la plupart du temps, il suffit de laisser le chien profiter de sa promenade à son rythme pour qu’il cesse de tirer sur sa laisse) !

« Si un chien fait des bêtises quand il est seul à la maison, il faut le mettre en cage quand on s’absente ! »

C’est encore le genre de conseils qui aggravent les problèmes plus qu’ils ne les résolvent !

Cette méthode ne prend pas en compte le bien-être du chien, elle ne se préoccupe que du problème humain. S’il est vrai qu’elle fera disparaître les bêtises comme par magie, elle risque également de placer le chien en situation d’inconfort (surtout lorsque la cage est utilisée du jour au lendemain pour de longues absences). Si un chien fait des bêtises lorsqu’il est tout seul à la maison, ce n’est jamais pour punir son humain de s’être absenté. C’est soit parce qu’il s’ennuie (et, dans ce cas, le chien ne fera que s’ennuyer plus une fois enfermé dans sa cage), soit parce qu’il souffre d’une forme d’anxiété de séparation (et cela ne fera qu’empirer une fois enfermé dans la cage puisqu’à défaut de pouvoir se défouler sur des objets pour s’apaiser, le chien se défoulera sur lui-même) ! Autrement dit, ce n’est pas comme ça qu’on apprend correctement à un chien à gérer la solitude (le fatiguer avant de s’absenter de la maison, lui préparer des activités relaxantes — comme des tapis de fouille, des tapis de léchage ou des friandises de longue mastication — et l’habituer progressivement à rester seul sont trois solutions bien plus efficaces, par exemple). Cela dit, je pense tout de même qu’habituer son chien à la cage est une excellente idée. Ce n’est définitivement pas une bonne solution pour les absences quotidiennes, mais cela reste un apprentissage indispensable pour voyager avec son chien (et, en plus, ça peut aussi s’avérer très utile lors d’une convalescence) !

« Si un chien grogne, il faut immédiatement le punir pour qu’il ne recommence pas à l’avenir ! »

C’est, une fois de plus, le genre de conseil qui aggravent les problèmes plus qu’ils ne les résolvent !

Ce que cette méthode va apprendre au chien, c’est surtout que grogner pour signaler un inconfort ne fonctionne pas. Ce qui risque soit de le rendre plus agressif à l’avenir en le poussant à passer directement à la morsure (puisque, de toute façon, on ne prend pas en compte ses signaux d’inconfort), soit le placer en impuissance acquise (pour expliquer ça en quelques mots : c’est un état de détresse émotionnel dans lequel un individu se trouve lorsqu’il évolue dans un environnement où il lui est impossible d’échapper à des situations de mal-être). Si un chien grogne, c’est toujours parce qu’il cherche désespérément un moyen de signaler un inconfort (et, le plus souvent, avant d’en arriver là, il a essayé d’utiliser d’autres signaux — qui, eux non plus, n’ont pas été entendu —). Ce n’est certainement pas parce qu’il est méchant, agressif ou dominant ! Autrement dit, choisir de punir un chien lorsqu’il grogne, c’est surtout choisir d’ignorer son mal-être (et, en plus, d’ajouter quelque chose de désagréable à une situation déjà inconfortable). Une fois de plus, la punition n’est pas la solution la plus efficace pour mettre fin à un comportement (éloigner calmement le chien de la source d’inconfort et le récompenser lorsqu’il cesse de grogner sera bien plus efficace, par exemple) !

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